Top 10 des menaces mondiales
L'OMS classe l'antibiorésistance parmi les dix premières menaces de santé publique mondiale.

Je me souviens avoir étudié le sujet des phages en école de naturopathie, non pas parce qu'il s'agit d'une pratique naturopathique en soi, mais parce que c'est une autre façon d'aborder la santé. Des personnes se rendaient en Géorgie pour s'y faire soigner, car c'est là, à l'Institut Eliava de Tbilissi, qu'est conservée la plus grande collection de bactériophages au monde.
La résistance bactérienne aux antibiotiques est reconnue par l'OMS comme l'une des dix premières menaces de santé publique mondiale. Face à ce constat, la recherche se tourne vers des stratégies alternatives ou complémentaires : les bactériophages, virus naturels qui infectent exclusivement les bactéries, font partie des pistes les plus étudiées.
L'OMS classe l'antibiorésistance parmi les dix premières menaces de santé publique mondiale.
The Lancet (2022) : 1,27 million de décès directement imputables à la résistance antimicrobienne, près de 5 millions de décès associés.
Si la trajectoire actuelle se poursuit, plus de 39 millions de morts cumulés sont attendus d'ici 2050.
Face à l'impasse, la recherche explore des stratégies complémentaires aux antibiotiques. Les bactériophages, virus naturels n'infectant que les bactéries, sont parmi les plus étudiées.
Un bactériophage suit un cycle en cinq étapes pour détruire sa bactérie cible. L'animation ci-dessous détaille chacune d'elles.
Animation interactive
Le phage reconnaît et se fixe sur des récepteurs spécifiques présents à la surface de la bactérie cible, via les fibres de sa queue. Cette reconnaissance est extrêmement précise : un phage donné n'infecte généralement qu'une espèce, parfois une seule souche bactérienne.
Schéma basé sur Explor Drug Sci. 2025;3:1008133 et MedComm 2025 (PMC12256688). Représentation pédagogique simplifiée, à visée éducative uniquement.
Le phage reconnaît des récepteurs spécifiques à la surface d'une bactérie précise et s'y fixe. La spécificité est très étroite : un phage donné infecte généralement une espèce, parfois une seule souche.
Le phage perfore la paroi bactérienne et injecte son matériel génétique à l'intérieur, sans pénétrer lui-même dans la cellule.
Le génome viral prend le contrôle de la cellule, qui se met à fabriquer les composants nécessaires à la production de nouveaux phages.
Les composants viraux s'assemblent en particules complètes à l'intérieur de la bactérie infectée.
Deux enzymes virales, l'holine et l'endolysine, dégradent la membrane puis la paroi (peptidoglycane). La bactérie éclate, libérant des dizaines à des centaines de nouveaux phages.
La différence de fond avec un antibiotique : un antibiotique agit par un mécanisme chimique à large spectre, qui touche souvent indistinctement de nombreuses espèces bactériennes, y compris celles du microbiote. Un phage agit par un mécanisme physique de destruction ciblée sur une espèce, parfois une souche, sans action directe sur le reste de la flore environnante. C'est cette spécificité qui explique l'absence de résistance croisée avec les antibiotiques.
Contrairement à une idée reçue, l'ancrage historique de la phagothérapie clinique se situe en Géorgie et en Pologne. C'est un biologiste français, Félix d'Hérelle, qui codécouvre les bactériophages en 1917, avant que la voie ne soit largement délaissée en Occident au profit des antibiotiques.
Plus ancien centre mondial de recherche et d'application clinique des bactériophages, en activité continue depuis un siècle. Spécialités : médecine interne, urologie, gynécologie, pédiatrie. Patients du monde entier.
Unité de thérapie phagique créée sous la direction du Pr Andrzej Górski. Antennes à Cracovie et Częstochowa. L'un des rares centres européens à proposer un accès structuré à la phagothérapie expérimentale.
Programme porté par les Pr Laurent et Ferry aux Hospices Civils de Lyon. Le 28 mai 2026, l'ANSM délivre aux HCL une autorisation de fabrication MPUP pour les phages purifiés : une première en France et dans l'UE pour un établissement public.
La littérature scientifique a connu une accélération notable récemment.
Première démonstration randomisée d'efficacité d'une phagothérapie intraveineuse dans une bactériémie compliquée à S. aureus. Réponse clinique à J12 : 88 % (phage + ATB) vs 58 % (placebo + ATB), p = 0,047.
Revue systématique : résultats cliniques prometteurs en phagothérapie personnalisée comme standardisée, mais seulement 9 essais randomisés identifiés sur l'ensemble du corpus.
Essai chinois sur les pneumonies sous ventilation (A. baumannii, P. aeruginosa, K. pneumoniae). En France, cohorte PHAGEinLYON (NCT06185920) : ~100 patients traités en compassionnel depuis 2017, inclusion jusqu'en 2028.
Les pathogènes les plus étudiés restent Pseudomonas aeruginosa (infections nosocomiales, mucoviscidose) et Escherichia coli (infections urinaires multirésistantes). En France, l'équipe lyonnaise a documenté en 2024 (International Journal of Antimicrobial Agents) la mise en œuvre de son dispositif d'accès depuis 2022, principalement pour des infections ostéo-articulaires complexes liées à une prothèse ou un implant.
Ce rôle d'E. coli comme outil au service de la santé humaine ne se limite pas à la phagothérapie. Cette même bactérie, pourtant connue pour ses souches responsables d'infections urinaires multirésistantes, est aussi largement utilisée comme plateforme de production en bio-ingénierie. C'est notamment le cas du GLP-1, hormone intestinale au cœur des traitements du diabète de type 2 et de la perte de poids (sémaglutide), dont la séquence peptidique peut être produite par fermentation de souches d'E. coli génétiquement modifiées.
La même espèce bactérienne se retrouve ainsi à la fois du côté du problème (infections résistantes) et du côté de la solution (production de molécules thérapeutiques), selon la souche et le contexte.
Pour creuser le sujet du GLP-1 et des peptides métaboliques, direction notre exploration dédiée.
Quatre points à garder en tête pour ne pas confondre promesse et accès courant.
Depuis le 28 mai 2026, les HCL produisent selon les BPF. La phagothérapie reste sans AMM classique : accès en cadre compassionnel, décidé en RCP, sous supervision ANSM. Pas de filière grand public, pas de prescription en ville.
Pour les patients ne relevant pas des protocoles français (Lyon notamment), un déplacement vers les centres de Géorgie ou de Pologne reste une voie documentée dans la littérature.
Les bactéries peuvent développer une résistance au phage, comme à un antibiotique. D'où l'orientation vers des cocktails de plusieurs phages, ou des protocoles combinant phages et antibiotiques en synergie.
La méta-analyse 2025 souligne que les essais sont encore peu standardisés (préparations personnalisées vs fixes), ce qui complique les comparaisons directes entre études.
L'intérêt de fond de la phagothérapie, pour une lecture naturopathique, tient à sa logique de ciblage : agir sur une cause précise sans bouleverser l'écosystème bactérien dans son ensemble, ce qui se rapproche d'une philosophie de soin du terrain plutôt que d'éradication large spectre.
Dernière vérification des sources : juin 2026.
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