Surcroissance bactérienne dans le grêle. Test respiratoire H₂ / CH₄ requis.
SIBO, SIFO, SII,
trois entités à ne pas confondre
Ballonnements, gaz, transit irrégulier, douleurs après les repas. Trois sigles reviennent sans cesse : SIBO, SIFO, SII. Ils décrivent des réalités très différentes, et les confondre conduit à des traitements à côté. Voici la cartographie, sans raccourci.

Surcroissance fongique, souvent Candida. Diagnostic invasif, sous-évalué.
Syndrome fonctionnel, pas de surcroissance. Critères Rome IV, axe intestin-cerveau.
Environ 31 % des patients SII ont aussi un SIBO sous-jacent, la majorité non.
40 à 60 % à 1 an si les causes (motricité, IPP, anatomie) ne sont pas corrigées.
Trois entités, côte à côte
Tableau synthétique. Les chevauchements existent : un patient SII peut aussi avoir un SIBO.
Voyez votre médecin. Pas d'avis médical sur Nutrilexic.
Quand le grêle se peuple comme le côlon
L'intestin grêle est normalement peu colonisé : quelques milliers à millions de bactéries au mètre, contre cent mille milliards dans le côlon. Le SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth) désigne une multiplication anormale de bactéries dans le grêle, qui se mettent à fermenter les glucides avant qu'ils n'arrivent au côlon. D'où les gaz précoces (dans l'heure qui suit le repas), les ballonnements, et parfois la diarrhée ou la constipation selon le gaz dominant (hydrogène ou méthane).
Le diagnostic repose sur un test respiratoire au glucose ou au lactulose, mesurant H₂ et CH₄. Il existe un traitement antibiotique, mais sans corriger les causes (motricité du grêle, IPP au long cours, anomalie anatomique, grignotage qui bloque le complexe moteur migrant), la récidive est la règle.
L'entité oubliée : la surcroissance fongique
Le SIFO (Small Intestinal Fungal Overgrowth) a été décrit en 2015 par Erdogan et Rao : des patients aux symptômes digestifs proches du SIBO, dont l'aspiration du liquide jéjunal révélait une présence anormale de champignons, le plus souvent Candida. Le test respiratoire ne le détecte pas, car les champignons ne produisent pas d'hydrogène ni de méthane mesurables.
Le diagnostic reste invasif (endoscopie haute avec aspiration), peu disponible, et donc le SIFO est probablement sous-diagnostiqué. Il faut l'évoquer en présence de facteurs favorisants : antibiothérapies répétées, immunodépression, diabète mal équilibré, échec d'un traitement de SIBO bien conduit. Les antifongiques sont prescrits par un gastroentérologue, pas issus d'un protocole anti-Candida acheté en ligne.
Un syndrome, pas une surcroissance
Le SII (Syndrome de l'Intestin Irritable, IBS en anglais) n'est pas une surcroissance. C'est un diagnostic clinique positif basé sur les critères de Rome IV : douleurs abdominales récurrentes au moins un jour par semaine sur trois mois, associées au transit (modification de fréquence ou de consistance des selles), en l'absence de signes d'alarme et après élimination des causes organiques.
Pas de marqueur biologique, pas de lésion visible : c'est ce qui le distingue radicalement du SIBO et du SIFO. Le mécanisme principal est aujourd'hui compris comme un trouble de l'axe intestin-cerveau, avec une hypersensibilité viscérale, une dysrégulation du nerf vague et parfois un déclenchement post-infectieux. Une méta-analyse de 2020 montre qu'environ 31 % des patients SII ont aussi un SIBO sous-jacent, mais la majorité non.
L'approche est multimodale et se discute avec notre médecin : régime bas-FODMAP en 3 phases (voir notre exploration dédiée), hypnose digestive et TCC (niveau de preuve élevé), antispasmodiques pour les douleurs, neuromodulateurs à faible dose pour leur effet sur la sensibilité viscérale, et travail sur le nerf vague.
Ce qui ne va pas dans la vulgarisation actuelle
Diagnostiquer un SIBO sans test respiratoire, simplement « parce que ça ballonne ». Prescrire un antibiotique à un vrai SII appauvrit le microbiote pour rien. Inversement, attribuer tout au stress et passer à côté d'un SIBO chez un patient avec gastroparésie ou IPP au long cours.
Adopter un protocole anti-Candida acheté en ligne pour un SIFO non diagnostiqué. Maintenir un régime bas-FODMAP à vie pour un SII, et finir avec un microbiote appauvri. Trois entités, trois démarches, et un médecin gastroentérologue pour les départager quand le terrain est complexe.
Aller plus loin sur le SIBO
Le hub que vous venez de lire pose le décor. Trois explorations gatées creusent les zones où l'on se trompe le plus souvent : le choix entre rifaximine et plantes, la construction d'un protocole rigoureux, et le travail post-éradication qui évite la rechute.
Cette exploration est éducative. Elle ne remplace pas un avis médical, et notamment pas une consultation de gastroentérologie pour ces trois entités. Mentions et conditions →
- Pimentel M et al.. « ACG Clinical Guideline: Small Intestinal Bacterial Overgrowth ». Am J Gastroenterol, 2020.
- Erdogan A, Rao SS. « Small intestinal fungal overgrowth ». Curr Gastroenterol Rep, 2015.
- Lacy BE et al.. « ACG Clinical Guideline: Management of Irritable Bowel Syndrome ». Am J Gastroenterol, 2021.
- Rezaie A et al.. « Hydrogen and methane-based breath testing: North American Consensus ». Am J Gastroenterol, 2017.
- Shah A et al.. « Systematic review and meta-analysis: SIBO in IBS ». Aliment Pharmacol Ther, 2020.
- Quigley EMM. « The spectrum of small intestinal bacterial overgrowth ». Curr Gastroenterol Rep, 2019.


